Brève histoire du Sacred Harp

Les origines du Sacred Harp sont multiples, certaines d’entre elles remontent, d’après Alan Lomax, au temps de la Réforme de Luther et aux traditions polyphoniques d’Europe de l’Est (voir « Note historique » dans Alan Lomax et le Sacred Harp).

Plus proche de nous, la West Gallery music, (plus d’informations ici et ) des paroisses rurales de l’Angleterre du 17ème et du 18ème siècle a participé de l’émergence en Amérique de ce style particulier. On retrouve d’ailleurs des airs communs des deux côtés de l’Atlantique.

Vers la fin du 18ème siècle, les premiers compositeurs américains, la First New England School, William Billings (premier grand compositeur né en Amérique), Daniel Read, Supply Belcher (le « Handel du Maine »), Timothy Swan, Jeremiah Ingalls, etc., tous musiciens non professionnels, ont fourni avec leurs compositions la première matière musicale typiquement américaine (c’est-à-dire émancipée de l’influence musicale européenne) qui fut chantée par les congrégations de Nouvelle Angleterre. Ces compositions ont été également diffusées par le mouvement des singing schools, qui visait, entre autre à apprendre aux personnes à bien prier en leur apprenant à chanter.

Rapidement, les premiers recueils de ces chants édités par les compositeurs eux-mêmes commencèrent à circuler et à remporter un certain succès auprès des populations des colonies. Avec la diffusion de plus en plus large de ces premiers recueils apparurent les compilations. Dans ces recueils, les compilateurs s’efforçaient de recueillir les partitions des chants les plus appréciés des chanteurs auxquels ils ajoutaient des compositions, ou des arrangements signés de leur nom, dans le but d’assurer les meilleures ventes pour leurs tunebooks.

Simultanément, William Smith et William Little publièrent The Easy Instructor, 1801, ouvrage dans lequel était présenté le fameux système des shape notes (notes à formes géométriques dessinées sur la têtes des notes rondes classiques) qui, en s’appuyant sur les partitions anglaises, popularisées notamment par John Playford à Londres dans les années 1670, permirent à des personnes qui savaient à peine écrire leur nom de chanter les chants congrégationnels.

Simultanément, l’urbanisation, l’industrialisation, le développement économique du nouveau pays, eurent pour effet que cette tradition, issue du monde rural, subit un déplacement du nord vers le sud et de l’est vers l’ouest, suivant le mouvement global d’expansion des Etats-Unis. Les premières compositions de Billings, Read, etc., en Nouvelle Angleterre furent complétées par les compositions du sud, d’A. Davisson par exemple en Virginie, de William Walker et d’autres chanteurs compositeurs en Géorgie, Floride, Caroline du Sud, Alabama, Texas…

Parmi les sources mélodiques, on trouve une influence des musiques populaires issues des vagues d’immigrations irlando écossaises qui ont convergé dans les régions et les états situés au sud des Appalaches, berceau historique de cette tradition musicale. L’origine populaire se retrouve avec le système des couplets/refrains et avec l’utilisation récurrente de gammes pentatoniques.

A ce terreau de base, s’ajoutèrent les chants issus des Great Awakenings, Grands Réveils religieux, qui ont donné lieu dès la fin du 18ème siècle et principalement durant le 19ème siècle, à de grands rassemblements appelés camp-meetings. Pour ces camp-meetings, les participants venaient parfois de loin, et tout le monde se retrouvait sous de grandes tentes en plein air pour une semaine et partageait une forme d’extase religieuse collective ; ils priaient ensemble, se baptisaient (re-born), se mariaient, etc. A Cane Ridge, Kentucky, ce camp-meeting a, paraît-il, accueilli jusqu’à 20 000 personnes en 1801. Lors de ces grands rassemblements, il était nécessaire d’intégrer les nouveaux venus rapidement avec des chants rapides à apprendre et à partager avec le plus grand nombre.

Les recueils en circulation s’enrichirent de ces différentes sources. En 1835, William Walker publia le Southern Harmony (1835), recueil à quatre shapes de chants harmonisés à trois voix, qui est considéré comme l’un des ancêtres directs du Sacred Harp. William Walker l’a préparé avec B. F. White, ils étaient beaux-frères (maris respectifs de Amy et Thurza Golightly), puis la tradition familiale rapporte qu’une brouille aurait éclaté entre les deux hommes, ayant pour résultat que Walker publia en son nom seul son recueil et que White commença à préparer The Sacred harp avec E. J. King.

Aujourd’hui, alors que cette tradition vieille de plus de deux siècles connaît une diffusion mondiale (notamment en Europe, la France étant à ma connaissance le pays de diffusion et de pratique du Sacred Harp le plus au sud de notre continent), et dans le même temps se trouve en danger de disparition dans les aires historiques traditionnelles où elle a été créée et transmise de manière ininterrompue jusqu’à nos jours, de nouvelles compositions dans ce style voient le jour chaque année. De nouveaux recueils de musique à shape notes apparaissent (The Shenandoah Harmony par exemple), une revue sur le net en diffuse les nouvelles compositions (The Trumpet), de nouvelles éditions ou rééditions de recueils anciens sont réalisées : The Christian Harmony 2010, recueil à sept shapes (voir aussi Wikipédia), The Christian Harmony 1873 (The Folk Heritage facsimile edition), The Sacred Harp de J. L. White (réédité en 2007), The Original Sacred Harp, J. Ingalls’ Christian Harmony

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