Double All-day de Londres (28 et 29/10/17) – Compte-rendu

Il fait déjà nuit quand nous arrivons à l’église St Mary de Primrose Hill (la bien nommée !) après une bonne journée de voyage depuis le sud de la France. Malheureusement pour moi, j’ai la voix complètement cassée à cause d’un rhume déclaré dans la semaine… 19h, la singing school avec Matthew Parkinson doit commencer bientôt et d’ailleurs, le voilà qui arrive avec Leïlaï et d’autres chanteurs du groupe de Londres et qui installe ses affaires. Je rencontre d’autres chanteurs du groupe de Londres dont Diane, qui apporte les loaners et qui s’est occupée de gérer les hébergements de chanteurs, elle doit bien avoir une dizaine de personnes chez elle pour le week end.

Je suis très heureux, après avoir publié son article sur le sujet, d’assister à cette singing school donnée par Matthew. Car la question de l’accentuation rythmique dans le style du Sacred Harp est importante pour tout chanteur qui souhaite progresser et faire progresser le groupe avec lequel il chante.

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Singing school

Les Européens que nous sommes, habitués des chorales et autres ensembles vocaux, avons tendance à être très attentifs à la justesse harmonique et mélodique, et nous passons le plus souvent à côté de l’aspect rythmique des chants du Sacred Harp. Alors que cet aspect est essentiel pour se rapprocher de la couleur d’origine des chants de cette tradition. L’harmonie est bien sûr importante, mais Matthew me rappelait qu’un chanteur vraiment intéressé par des harmonies et des développements riches et profonds chantera plutôt les œuvres des vrais maîtres en la matière : Bach, Mozart, etc.

Après avoir fait une présentation des sept modes rythmiques de temps présents dans The Sacred Harp, et avoir donné la théorie et les explications nécessaires pour accentuer chacun de ces modes, nous abordons les exercices pratiques. Dont notamment, celui qui consiste à chanter les temps de chaque mesure en les numérotant (un numéro par noire dans une mesure en 4 4 par exemple) et en chantant soit la mélodie du ténor soit les quatre voix ensemble. Un peu déstabilisant au départ, cet exercice a le mérite de démontrer immédiatement le fait que lorsque chacun est correctement placé sur les temps, le groupe de chanteurs se retrouve alors soudé quasi instantanément et se met à sonner « ensemble ». Les départs et les silences sont alors marqués et se mettent à sonner eux aussi (ils ne sont pas aussi brouillons que parfois) et une sorte de swing, un mouvement stable mais dynamique de balancier, se met en route. Le plaisir de chanter ensemble est alors plus grand. Je retrouve à cette occasion – toutes proportions gardées – des sensations de swing musical proches de celles de la musique traditionnelle irlandaise. La singing school se termine dans la bonne humeur avec un quizz qui reprend avec humour les différents éléments abordés ce soir.

Après la singing school, nous rentrons par la Northern Line chez Domi et Tony, qui nous ont très gentiment prêté leur bel appartement pour le week end.

Le lendemain, nous arrivons à la Highgate Reformed Church, près du parc de Hampstead. A propos de parc, j’ai appris par Domi qu’il y avait 12000 renards (!) dans Londres et un très grand nombre d’écureuils gris, plus gros que les nôtres, originaires semble-t-il d’Amérique du Nord. Dès l’entrée du singing, nous avons la surprise de retrouver Gwendal du groupe de Paris et de rencontrer Ruth, Américaine qui chante à Paris également. Plaisir d’entendre à nouveau sonner les voix aux départs des premiers chants donnés par le(s) keyer(s) dans cette église anglaise ample et sonore, baignée par la lumière du soleil de fin octobre.

Nous avons eu beau temps tout le week end. J’ai chanté parmi les ténors les deux premières sessions, puis je suis allé chez les basses, car, avec ma voix cassée, je ne pouvais pas chanter très haut ni très fort… Plaisir d’échanger lors des courtes pauses avec de nouvelles personnes, plaisir aussi de revoir des chanteurs rencontrés depuis 2015 et de m’apercevoir qu’une relation se construit avec certain.e.s, de loin en loin, ce week end étant l’occasion d’un nouvel épisode… Cette fois, je suis frappé par le cadre formel des sessions de chant que je ressens un peu comme une contrainte. A la fin de chaque session, il faut vite prendre la pause et échanger vite aussi avec les personnes avec lesquelles on veut parler car, vite le call back de démarrage de nouvelle session retentit. Durant l’une de ces sessions, Oskar, du groupe d’Oslo, que j’avais rencontré en 2015 ici-même lors de la convention de Londres, m’informe qu’il a l’intention de mettre en ligne les vidéos de ce All-day qu’il est justement en train de réaliser.

Nous chantons jusqu’à la pause de la mi journée où, comme toujours avec les dinners on the grounds, nous nous régalons de plats succulents et préparés avec savoir faire et avec les meilleures intentions par les chanteurs du groupe de Londres. J’en profite pour échanger à nouveau avec Matthew. Sur son article sur l’accentuation rythmique, nous remarquons ensemble que si l’anglais fonctionne avec des accents toniques appuyés sur les mots et dans les phrases, le français fonctionne différemment. Je lui explique que pour traduire « I did that », et rendre compte de l’accent tonique porté sur « I« , il nous faut parfois ajouter des mots : « C’est moi qui ai fait ça ». Cette différence dans la manière d’accentuer nos deux langues amène certaines difficultés complémentaires aux francophones (et probablement à d’autres personnes parlant d’autres langues). A propos de rythme, nous échangeons aussi sur le fait que le Sacred Harp est une musique traditionnelle, populaire, et qu’à ce titre, même si celle-ci n’a jamais été une musique à danser, elle reste fortement marquée rythmiquement, rien à voir avec le chant liturgique ou le chant choral. Dans le Sacred Harp, il s’agit bien d’harmonie, mais il est finalement plus question de rythme. Nous échangeons enfin sur mon arrangement de The Pilgrims, qui a été chanté – à ma grande joie – à Bristol lors du Composium de mai cette année et qu’il trouve very French, ce qui nous amène à des observations et des réflexions sur les univers sonores anglophone et francophone.

Mais c’est déjà l’heure de la reprise des sessions de l’après-midi. La première est bien enlevée comme il se doit, nous sommes pleins de l’énergie du repas ! Puis viennent les moments de partager des chants pour les absents. Ces moments sont toujours émouvants, les chants choisis permettent d’exprimer des émotions et de les partager au sein du groupe sans que cela ne soit envahissant à titre personnel. Je comprends alors que le cadre, que j’avais perçu comme contraignant au départ de cette journée, permet justement de contenir ces émotions, de les partager tous ensemble et néanmoins de rester dans le contexte de chant pour lequel nous sommes réunis.

Nous repartons, Florine et moi, à pied à travers Londres vers un pub situé non loin du lieu où se tiendra le social de ce soir, pour manger un bon vieux fish & chips.

Lors du social, nous échangeons avec les différents chanteurs présents, nous apprenons qu’une cuvée de bière a été tirée spécialement pour le All-day de ce week end dans l’église de Primrose Hill (où a lieu le social ce soir), d’ailleurs, nous visitons la crypte dans laquelle toute la brasserie est installée et où la bière P1140554est fabriquée. L’évêque doit d’ailleurs venir bénir cette installation prochainement. La devise de cette bière est : « Faith Hops Charity” J’apprends à cette occasion que hops signifie houblon et qu’il permet un petit jeu de mot avec hope qui signifie espoir.

P1140549Cette église a des activités sociales importantes, notamment auprès des jeunes du quartier, il semble qu’il y ait beaucoup de gangs et de trafics dans les rues alentours. Je suis surpris en tant que français de constater le rôle des églises dans la vie des gens, dans un quartier tel que celui-ci de nos jours à Londres, en comparaison avec les églises françaises dans la plupart desquelles, hormis la messe de temps en temps, il ne semble pas se passer grand-chose. Nous échangeons sur nos vies et métiers respectifs, nos projets. Certains chanteurs, dont Caro du groupe de Berlin, se sont installés dans un coin de l’église où nous sommes et improvisent un petit singing de Shenandoah Harmony très agréable à écouter en discutant.

Assez fatigués, nous rentrons tôt dans la soirée.

Le dimanche matin nous sert à nous reposer un peu plus longtemps puisque la reprise des chants se fera à 14h. Florine en profite pour aller visiter la Tate Modern (à Londres les musées nationaux sont gratuits) et moi pour rejoindre un brunch organisé avec les chanteurs qui le souhaitent pour chanter à partir d’un livre de southern gospel à 7 shape notes intitulé Favorite Songs and Hymns d’Homer F. Morris.

Nous allons vers le rendez-vous du singing de l’après-midi en traversant à pied et en plein soleil le très grand parc de Hampstead, situé en plein Londres, près duquel est située – ai-je appris à cette occasion – la tombe de Karl Marx, dont la visite est payante. Nous chantons cet après-midi à partir de The Christian Harmony, qui est un autre tunebook. Publié par William Walker en 1865, il utilise la notation à sept shape notes (do re mi), ce qui nécessite un peu d’entraînement pour réapprendre à chanter avec sept noms de notes différents. Même si le répertoire est en partie différent de celui du Sacred Harp, l’enthousiasme est le même qu’hier pour les chanteurs et j’ai pour ma part les mêmes difficultés à sonner à cause de ma voix cassée.

Les chants du Christian Harmony m’ont paru un peu plus solennels, à l’intermédiaire entre le répertoire du Sacred Harp et celui des recueils de gospel qui ont supplanté le Sacred Harp au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Les harmonies sont plus régulières, plus douces, les parties vocales sont généralement plus resserrées. Ces chants sont plus proches à l’oreille de ce qu’on a l’habitude d’écouter de nos jours quand on ne connaît rien au Sacred Harp. Très agréables à écouter et à chanter, ils me semblent néanmoins un petit peu plus loin de ce qui me fait plaisir dans le Sacred Harp, mais parmi eux se trouvent aussi de vrais bijoux. Ce recueil est aussi une réelle ouverture, à la fois rafraîchissante et complémentaire au chanteur de Sacred Harp que je suis. Je demande à refaire un singing de Christian Harmony avec la voix en bon état !

Arrive la fin du singing et du Double All-day, nous rentrons chez Domi et Tony, après avoir salué les personnes présentes avec lesquelles nous avons partagé ce superbe week end.

Un grand merci au groupe de Londres pour son accueil !

Frédéric Eymard, 19/11/2017.
Crédits photos et vidéos : Joyce Smith, FVE, FE

 

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