An American in Paris: Sacred Harp France 2017 – Compte-rendu (Français)

A la différence de Gene Kelly, qui traversait tout Paris en dansant, une Américaine y est allée pour chanter. La date du 2ème rendez-vous annuel du Sacred Harp pour la France approchant, j’ai pris un de ces vols de nuit qui vous font arriver le lendemain matin à votre hôtel trop tôt pour disposer de votre chambre. Il faut se distraire pendant quelques heures. Mon premier arrêt fut donc la Sainte Chapelle (une des plus fastueuses présentations de vitraux au monde). Puis une tentative pour entrer dans Notre-Dame, assiégée par les touristes venus voir la couronne d’épines et autres reliques, traditionnellement visibles le Vendredi Saint. Enfin, retour dans le quartier de mon hôtel pour repérer les différents endroits où trouver à manger, à boire, et autres choses dont je pourrais avoir besoin.

Bon pied bon œil, tôt le lendemain matin, j’ai pris le métro pour la Cité Universitaire, qui est un campus où les pays du monde entier offrent des logements à leurs étudiants respectifs. Un étudiant qui habite ici bénéficie d’un environnement superbe pour un prix très raisonnable. Si seulement j’avais eu l’idée de contacter la Fondation des Etats-Unis lorsque j’étais étudiante à Paris !

Une femme qui avait l’air de faire du Sacred Harp descendit du train au même arrêt que moi, et je reconnus alors Albertine. Nous sommes arrivées au campus juste au moment où Frédéric et Florine, accompagnés de leurs enfants et chargés de livres de prêt, garaient leur voiture. Après quelques instants passés à chercher la salle, nous avons trouvé le fameux hollow square qui nous tendait les bras. C’était une salle charmante à l’acoustique porteuse et tout était en place comme il faut (en français dans le texte) pour commencer à chanter.

Quel plaisir de revoir les personnes de l’an dernier : mes compatriotes John, Evelyn, Lauren ; le groupe de Français IMG_20170415_113229233: Léopoldine (notre présidente), Perrine, Franck, Frédéric et Florine. Et avec eux, Geoff d’Angleterre et d’ailleurs, et Werner de Londres. Quelques personnes de l’an dernier étaient absentes, mais je crois que le week end de Pâques en avait retenu certains chez eux (bien entendu, nous avons chanté 236 pour Pâques). De nouvelles personnes aussi : Georges, Peter, Elizabeth, Marion, Margaret, Julius, Aaron et d’autres encore dont je retiendrai les noms au prochain singing. Ces rencontres se déroulent comme dans l’Amérique rurale du 19ème siècle : les participants se rencontraient seulement quelques fois par an, puis ramenaient l’attelage de chevaux à la maison jusqu’à la prochaine fois.

Le groupe avait une taille suffisante, et il était particulièrement réjouissant de voir plus de chanteurs français que l’an dernier. J’étais une des seules à venir depuis les Etats-Unis, car la plupart des Américains présents vivent en France. Une fois dites les prières en anglais et en français pour nous permettre de bien démarrer, nous avons chanté jusqu’à la pause.

Les sons familiers du keyer et du groupe qui s’apprête à chanter sont toujours très stimulants. Dès que nous avons commencé à chanter, j’ai su pourquoi j’avais fait ce long chemin : pour le plaisir de partager cette musique. Les voix étaient joyeuses et fortes et nous avons chanté avec vigueur (comment faire autrement ?). Pendant une des pauses, Peter et moi avons regretté que les gens aient de moins en moins l’habitude de chanter ensemble. Il pensait que cela pouvait expliquer en partie la popularité actuelle des chants à shape notes, activité que les chanteurs pratiquent pour le simple plaisir de chanter, et jamais dans le but de répéter ou de se produire sur une scène. A part à l’église, où peut-on aller juste pour chanter ?

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Il me faut mentionner un détail intéressant dont j’avais déjà conscience auparavant, mais dont je n’avais pas encore considéré les conséquences en rapport avec le Sacred Harp. Lorsqu’ils comptent sur leurs doigts les Américains et les Français font différemment. Là où un Américain utilise l’index, le majeur et l’annulaire pour compter 1-2-3, un Français utilise le pouce, l’index et le majeur. Comme nous le savons, ceci est important lorsqu’un meneur donne l’indication du choix des couplets à chanter. On peut se tromper si on ne prête pas attention à cette différence, mais pas longtemps car le groupe vous guide.

En discutant avec Frédéric et Florine à propos de cette particularité, ils m’ont remis en tête le film Inglorious Basterds (une fiction de Quentin Tarantino qui se déroule en France sous l’Occupation), où un espion britannique se fait démasquer dans une taverne en commandant trois verres de whisky : pour ce faire, il utilise son index, son majeur et son annulaire, mais pas son pouce, comme un Allemand l’aurait fait. Voir l’extrait du film (vers 10:44) ici. Ça me rappelle le schibboleth dans l’Ancien Testament. Nous avons nos trucs pour reconnaître ceux de notre groupe.

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Vous allez nous manquer, John et Julius !

Comme il y avait relativement peu de meneurs pour le nombre de chanteurs présents, beaucoup d’entre nous sont passés au centre à plusieurs reprises. C’est intéressant d’appeler un chant qui est chanté fréquemment dans votre groupe habituel, et c’est une expérience gratifiante de voir le groupe réussir à chanter un chant inconnu de beaucoup. Un des grands plaisirs des all-day singings est d’apprendre des chants qui ne sont pas chantés dans votre propre groupe. J’apprécie aussi le fait d’entendre des chants interprétés à des tempi différents de ceux de mon propre groupe.

Nous avons pris la pause pour un dinner on the grounds, repas pris sur place, P1120969mais comme il faisait humide, nous avons mangé dans une salle de repas à l’étage du dessous. Ce repas offrit ses plaisirs habituels : en apprendre plus à propos des autres chanteurs. Les gens du Sacred Harp semblent ne pas avoir des vies ordinaires. Albertine donne des représentations de cirque et aiguise son savoir-faire dans le lancer de haches. Julius achève une année Fulbright (commission franco américaine qui attribue des bourses pour étudier dans l’un ou l’autre des deux pays) durant laquelle il a étudié la gestion des forêts. P1120970Evelyn écrit des articles sur les mathématiques pour des revues comme Scientific American. Franck pratique la contradance à Paris. Peter est un pasteur luthérien d’Allemagne. John, en congés du Smith College, travaille actuellement à Paris avec une fondation qui promeut l’art américain.

Aaron vit en Lituanie, où il travaille dans le théâtre. Combien y a-t-il de chances de rencontrer quelqu’un qui peut vous parler en direct de la vie à Vilnius ? Il expliquait que, là-bas, les familles étaient encore intactes, que les gens préparent leurs repas eux-mêmes (ils mangent à l’extérieur assez rarement), et que leurs festivals de musique ont pour but de se faire plaisir, et non pas de faire du profit. Aaron est peut-être le seul Américain à être jamais allé s’installer à Vilnius, les autres étant des militaires ou du personnel d’ambassade affectés là-bas.

Après le repas, nous avons repris le singing, pleins de l’énergie donnée par le repas et par les conversations. La fin de la journée fut l’occasion d’inviter les chanteurs présents aux futurs singings prévus de nos villes respectives (quelle façon intéressante de passer ses vacances !). Alors serrons-nous la main au moment de partir et adieu, cher/ère-s ami-e-s. De retour dans nos vies, nourris des souvenirs et fortifiés par les messages des chants que nous avons partagés. « Esprit de grâce, que tu sois toujours proche ; Ton réconfort n’est pas fait pour mourir » (32b Distress). Après un jour entier à chanter, nous nous sommes retrouvés dans un bar. Quelques uns, voulant encore prolonger cette journée, ont partagé un repas dans un bistro du coin. A l’année prochaine !

Mary Jane Wilkie de New York
(traduction F. Eymard)

P.S. : En partant pour Paris, j’avais emporté des photocopies de « 38b Windham », prévoyant de possibles échanges pendant mon voyage et la possibilité de faire connaître les chants à shape notes. Cela a fini par se produire avec une famille de Denver, alors que je faisais la queue à Roissy. Je leur ai servi le discours vendeur sur le Sacred Harp et le lien vers le site fasola. Dans un autre aéroport, j’ai rencontré une professeure de poésie de l’Université de Virginie. Elle avait entendu parler des chants à shape notes, je lui ai donc parlé des groupes proches de chez elle. Qui sait ? Peut-être, un jour, nous rencontrerons-nous dans un singing.

Crédits photos et vidéos : Florine VE, Frédéric Eymard, Franck M, Gwendal Geleoc.
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